C'est pas l'homme qui prend la mer...
Publié le 9 Avril 2013
... c'est la mer qui prend l'homme.
Ah le beau programme en perspective. Un bateau, un océan, des baleines dedans... et toute ma naïveté et ma candeur sur le point de passer par dessus le bastingage.
Dimanche, le temps ne se présentait pas idéal pour une balade en mer. Ciel gris et fond de l'air frisquet. Peu importe, j'aime l'idée de prendre le large, depuis une révélation en Corse, lors d'une sortie fantastique en zodiac (à tel point que je me suis entichée de l'idée de passer mon permis bateau un jour !).
Bref, bon pied bon œil, nous embarquons sur les coups de 9h30. Départ prévu à 10h. Dans l'optique d'immortaliser ce moment et de prendre en photos baleines et dauphins, nous nous installons à l'avant du bateau.
Avant de lancer les moteurs, un membre de l'équipage vient nous faire un topo simple : les conditions de navigation ne sont pas aussi bonnes que d'habitude. Ca va chahuter. Donc sans vouloir nous faire peur, mais un peu quand même, il nous invite très fortement à prendre un comprimé contre le mal de mer tant qu'il est encore temps si l'on se sait sensible. Disponible en vente dans la cabine, blablabla...
Moi pendant ce temps là : "c'est quand qu'on part, hein, c'est quand ?!"
Allez zou, moteurs lancés... déjà la sortie du chenal n'a pas été tranquille. Un gros roulis. "Ca fait comme un manège!". Avant de sortir complètement du chenal, rebelote, membre de l'équipage : "ça va secouer, si quoi que ce soit ne va pas, n'attendez pas, et surtout allez à l'arrière du bateau. L'avant c'est la partie la plus marrante, hein, tant qu'on est pas malade!"
Ca y est, nous y sommes. Ouh la grosse vague... oh le gros creux... encore ?
Encore ?
...
Encore ?
...
Mais ça ne va donc jamais s'arrêter ?
Ca va, mais il ne faudrait pas que ça dure non plus... ah oui, la balade dure 3h. Mais ça va se calmer (auto-persuasion). Et puis tiens, regarde, le premier groupe de dauphin ! Wow, magique, ils nagent avec un lion de mer !
Bon bon bon... Ca secoue pas mal, la dame de devant vient de tomber. Rien de méchant. On l'aide à se relever, toujours le même membre d'équipage vient à sa rencontre, "ça va Madame, rien de cassé... ah, un sac ? mais oui pas de pb".
Quoi, un sac ?
Il en retire un de sa poche, le tend à la dame, qui a juste le temps de le déplier... et patatra.
Mince, les choses se gâtent. Je peux gérer mon estomac, lutter contre chaque creux qui me donne l'impression de montagnes russes, mais il ne faut pas non plus pousser le bouchon en me présentant cet affreux spectacle. Allez, on va vers l'arrière...
Là j'ai une des pires visions d'horreur de ma vie. Une dizaine de personnes livides, têtes penchées au dessus de leur sac, certains semblaient au comble de l'agonie. TRES MAUVAISE IDEE. Ne restons pas là. On va se contenter de rester sur le côté.
Oh non, encore des malades ! Pas de sac, directement par dessus le bastingage. AU SECOURS !?! Il y a encore la cabine ? tant pis pour les dauphins, rentrons à l'intérieur.
Et je vous le donne en mille, la cabine était le refuge de malades transis de froid.
Les membres d'équipage allaient et venaient, distribuant sacs, nettoyant le ponton, avec un petit mot gentil pour chacun... Le voyage infernal, malgré leurs efforts. Bien 30% du bateau malades... Capacité du bateau ? 150 personnes. Je vous laisse faire le calcul.
Et il n'est que 11h.
Et on commence à être sérieusement pas en forme. On ressors, un peu d'air frais. Mais comment va-t-on tenir encore 2h ?
Ajoutons à cela que les baleines n'étaient pas décidées à se montrer, probablement par crainte de se faire arroser par de ridicules humains nauséeux. Le froid se faisant toujours plus mordant, on commence à grelotter et à désespérer. Nous avions repéré dans la cabine une deuxième salle, celle de la buvette. Nos estomacs s'accoutumant au rythme imposé par les vagues, nous décidons de nous réfugier à l'intérieur, frigorifiés. La serveuse n'y acceptait que les non-malades...nous n'étions donc que 2 !
L’hécatombe pour elle qui d'habitude sert du champagne et des sandwichs aux marins en herbe lassés de la faune marine !
Mais dans notre malheur, soudain, un rayon de soleil...
Les dauphins, à moins de 10 m du bateau...
Le dauphin est un animal joueur ! Il adore courser les bateaux, et il aime appeler ses copains ! Nous avons eu donc droit à plusieurs groupes de dauphins venant sauter autour du bateau et faire la course à la proue... un instant magique et assez privé, puisque nous étions presque seuls à la proue pour les observer !
Ils ont une telle grâce, ils semblent arriver à toute vitesse presque à angle droit de la coque, puis à la dernière seconde se positionnent dans l'axe du bateau, accélèrent encore puis partent dans un saut.
Ce spectacle, c'était à la dernière demi-heure. Que le temps parait long en mer quand les choses ne tournent pas rond. Quelle leçon !
Plus on approchait du port, plus les visages autour de nous se détendaient, et c'est avec une certaine euphorie que tout l'équipage a retrouvé la terre ferme !
Ah cette balade en mer, on s'en souviendra longtemps !
MARINS D'EAU DOUCE !
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