Thanksgiving 2013
Publié le 29 Novembre 2013
C'est l'année des premières fois... ce dernier jeudi de novembre 2013 accueille mon premier Thanksgiving.
Thanksgiving... des images de dinde et de repas de famille véhiculées par les séries américaines avec lesquelles j'ai grandi. Passée de la fiction à la réalité, je peux maintenant vous raconter... et il y en a des choses à dire !
Le coup de feu est lancé après Halloween. Le mois de novembre entier va servir à s'organiser, envoyer/recevoir/décliner des invitations... On voit apparaître dans les rayons les premières dindes, épices, tout le nécessaire de cuisson. Mais pour le néophyte, tout cela parait assez obscur. Il y a un code à déchiffrer. La clé est rapidement dévoilée par nos chers amis Américains.
Thanksgiving c'est d'abord un repas. Pourquoi ? Si on remonte à l'origine de la fête, il faut revenir au temps des colons, arrivés en terre nouvelle mais dont une grande partie périrent de maladie, et ne parvenant pas à se nourrir. Les autochtones, les Indiens d'Amérique, ont partagé leur nourriture, et leur savoir-faire (chasse, pêche, agriculture). A la première récolte, les colons invitèrent les autochtones pour partager un repas de fête, en guise de remerciement. Depuis lors, Thanksgiving marque cet acte symbolique de reconnaissance. Bien sûr, la suite de l'histoire est douce-amère, puisque les colons, une fois requinqués, ont simplement voulu éradiquer la communauté indienne. Mais cette ironie de l'histoire, bien que connue de tous, n'empêche pas la célébration. Thanksgiving est l'occasion de pouvoir se montrer reconnaissant, envers ses proches, ses amis... la vie. Le but est de se réunir dans un moment de partage, autour d'un repas au combien codifié.
Pas d'extravagance, les exigences existent et doivent être respectées ! A table, nous trouverons donc :
- la dinde, qui règne en princesse sur toutes les tables. Dodue, elle requiert au maître de cérémonie de se lever au petit matin pour que la volaille soit parfaitement cuite pour le déjeuner. Si l'oiseau vous posait le moindre problème, sachez que des marques ont eu la bonne idée de créer une hotline pour recevoir un conseil d'expert si tout ne se passait pas comme prévu en coulisses !
- le gravy, sauce à base de bouillon de poule (ou encore mieux, de jus de cuisson).
- la sauce aux cranberries, ou un condiment à base de cranberries. L'association de l'acidité du fruit avec la richesse de la viande et son jus se marient assez bien !
- le stuffing... que j'ai renommé "la farce qui ne farcit pas". Oui, cette farce est cuite séparément, comme un gratin en quelque sorte. La recette la plus traditionnelle est à base de mie de pain et de céleri, mais une multitude de déclinaison existe (la nôtre aura été pain de maïs et saucisse).
- les accompagnements, usuellement mashed potatoes (pommes de terre écrasées) et petits pois, ou haricots verts... et les surprenantes patates douces rôties au four, gratinées par un voile de marshmallow fondu.
- les dinner rolls, petits pains qui serviront à faire un joli sandwich de tout ça, ou à éponger la sauce.
- le dessert : une tarte à la citrouille ou à la pomme viendra clôturer le festin !
Le tout, pour expatriés que nous sommes, est de trouver une table pour partager un tel festin ! Nous avons rejoint nos amis Américains, expatriés eux-aussi en quelque sorte, ceux dont les familles habitent trop loin pour pouvoir les rejoindre en ce jour de célébration. Chacun était en charge d'un plat, et notre hôte, en charge de la cuisson de l'oiseau (oui, littéralement, une volaille est appelée "bird"), a fait des merveilles. Nous nous sommes réunis dans la cafétéria d'une résidence universitaire, installés le buffet... et avons passé pas loin de l'après-midi à manger !
Un souvenir de nos repas de famille français, un avant-goût de fêtes de fin d'année !
Alors oui, les statistiques l'attestent, l'esprit de Thanksgiving se perd.
En moyenne, la télévision est allumée 15 heures durant ce jour férié, principalement à cause du football. Autre fait méconnu pour nous Français, le jeudi de Thanksgiving est suivi du Black Friday. Il s'agit d'un seul et unique jour de soldes, de braderie même. Prix cassés, ventes à perte...
A la base, Thanksgiving passé, le Black Friday et ses bonnes affaires devaient marquer le début des achats de Noël. Aujourd'hui, il n'est pas aussi sûr que Noël soit dans la ligne de mire des consommateurs. La journée est connue pour les plafonds de carte de crédit dépassés et ses incidents (embouteillages, bagarres, vols, mouvements de foule). L’appât de la ristourne, de la bonne affaire conduit les magasins non plus à ouvrir à tôt le vendredi matin, mais dès le jeudi soir, écourtant la fête.
Thanksgiving est aussi connu pour la hantise de certains à devoir passer ce moment en famille, la quasi seule obligation sociale annuelle existante. Le seul jour de l'année où un repas assis, autour d'une table, avec un repas et des conversations partagés sont imposés par une obligation sociale et culturelle.
Les Etats-Unis, et sur leur sillon nos pays, dit développés, perdent l'aspect social et le lien créé entre les individus au travers d'un repas. Malgré tout, nous n'avons rencontré que des Américains à qui il tient à cœur de perpétuer cette tradition, et heureux de partager ce moment avec nous, les curieux Européens.
Cette journée a été un mélange de tradition, de fiction et de réalité, et j'en retiens un sentiment heureux, de partage et de communion. Oui, en ce jour de Thanksgiving, je me suis sentie reconnaissante. Et à l'heure où je vous écris, j'ai cette fameuse sensation de "trop plein" typique d'un copieux repas de famille de fin d'année, signe que la fête était réussie, non ?!
A tous, ici ou sur le vieux continent, très joyeux Thanksgiving !