Roger So Far
Publié le 29 Janvier 2014
2 mois de silence. Je bats mes propres records. Alors in extremis, je souhaite la bonne année aux lecteurs, et puis très personnellement, un bon anniversaire à ce blog, qui par là même marque les 1 an de la vie d'expatriée.
Je n'avais pas du tout prévu de faire un article bilan, car je n'avais absolument pas prévu de tirer le moindre bilan ! Seulement voilà, le bilan est venu à moi par de multiples expériences récentes qui m'ont amenées à réfléchir sur l'année passée, l'arrivée à San Diego, les premiers pas dans la vie américaine, et l'installation dans la routine.
Je n'échangerai cette expérience contre rien au monde. Quitter mon pays m'a ouvert les yeux et le cœur, m'a recentrée et m'a poussé à repenser la vie, les ambitions, le monde et ses tourments.
Cela dit, le constat est clair. On ne s'imagine pas par quoi on va passer. Le savoir enlèverait-il du courage et de l'entrain ? Pas dit. Chaque expérience est personnelle, j'ai vu d'autres craquer et rentrer. Pour cause ? Des obstacles trop hauts à franchir, ou des liens trop forts avec la mère-patrie (ou devrai-je dire la mère et/ou patrie ?!!!).
Alors un écueil ?
Oui, l'anglais. Voilà l'objet de l'article du jour.
Il parait évident à tout un chacun qu'après un an en immersion, on finit bilingue.
Faux.
Je répète. FAUX.
Évidemment, la compréhension, le vocabulaire, l'aisance, tout s'est étoffé, le ciment a pris, je ne saurai pas dire si le dernier article que j'ai lu était en anglais ou en français.
Alors je suis niveau anglais courant. Chouette. Néanmoins, pas plus tard que dimanche, je n'ai pas eu ce que j'avais commandé au comptoir d'un fast-food. Pas dramatique me direz-vous. Une légère incompréhension seulement, qui démontre d'un équilibre fragile.
Les bars et restaurants en groupe sont pour moi des expériences quasi mystiques. Mon esprit flotte au dessus de mon corps, tout ne me parait que comme bruit, et mes tentatives de lecture sur les lèvres se soldent systématiquement par un échec. Les "private jokes", les sauts du coq à l'âne dans les conversations, les débats de fond... j'en suis spectatrice, pas actrice. Ah tiens, la serveuse arrive. Oui, au bout d'un an, j'ai encore une légère appréhension.
La situation peut être tendue. Je sais que telle une mitraillette, elle va me débiter les 11 combinaisons possibles pour mon burger, me demander la cuisson de ma viande sans avoir marqué une pose et me proposer une sélection de 14 bières sans avoir cligné des yeux. Il faut être prêt !
Dans la même semaine, j'ai eu une expérience traumatisante (je pèse mes mots) au téléphone. L'incompréhension, dans les deux sens. La torture. L'événement qui te rappelle à quel point il y a du chemin à faire. L'événement qui élève Internet, Google et services en ligne au statut de divinités.
Malgré tout, l'avantage, au bout de quelques semaines/mois, c'est qu'on apprend à être téméraire. A ne plus avoir peur de donner la réplique. J'ai rencontré peu d'Américains intolérants. Leur pays est le pays de la diversité, et l'expérience montre que celui qui ne peut pas nous tolérer, mon accent et moi, est simplement quelqu'un qui ne vaut pas la peine d'être fréquenté ! Le pire ennemi est soi-même. Sa propre peur. Alors il faut se mettre au défi. Accepter de rater une marche, mettre un genou à terre mais toujours, toujours se relever. Tiens, mais que lis-je, ne serait-ce pas la clé du succès ?
Alors dans la liste des bons vœux que je vous adresse, vous m'accorderez de mettre "beaucoup de succès" en top priorité. Et puis on se dit rendez-vous dans un an pour savoir (suspense insoutenable) si le téléphone sera passé du côté ami ou restera l'instrument du diable...